Ruine et désolation des producteurs de banane à Banakélédaga ?


Cet article est élaboré par la Chambre Nationale d’Agriculture sur la base des résultats d’un reportage de la RTB (JT de 20h du 06 février 2020) et des résultats d’investigation du Centre National de Spécialisation en Fruits et Légumes (CNS-FL) basé à l’INERA Farako-Bâ dans des bananeraies à Banakédaga

Les exploitations de bananes du village de Banakélédaga dans la commune de Bama (Région des Hauts-Bassins), font l’objet d’une attaque de nuisible du Bananier non connue des producteurs au cours de cette campagne sèche. A l’instar de Ibrahim SANOU, de Siaka SANOU et de Losséni SANOU, nombreux sont les producteurs du village qui assistent impuissamment à la destruction de leurs champs de banane par la maladie, qui y apparaît pour la première fois.
Selon les constats des producteurs, la maladie apparaît à l’étape de la maturation. Elle s’attaque d’abord aux feuilles du bananier qui jaunissent. Par la suite, on observe le noircissement, le dessèchement et la chute des régimes ; enfin le flétrissement ou le dessèchement du plant entier de bananier.

Les dégâts occasionnés sont importants tant sur le plan de l’autoconsommation que sur le plan économique. Les propos de Losséni SANOU sont préoccupants : « j’ai dépensé environ 3 000 000 FCFA dans mon exploitation et pu vendre seulement 500 000 FCFA. Sans la maladie, la recette prévisionnelle était comprise entre 5 à 10 000 000 FCFA ».
C’est la même tristesse chez Siaka SANOU qui envisageait empocher au moins 5 000 000 FCFA au cours de cette campagne, mais qui se trouve en train de brader sa production au profit des éleveurs emboucheurs de bovins. Une autre alternative développée par ce producteur, était de détruire une grande partie de son bananeraie pour la culture maraîchère notamment le « choux » qui présente pour l’instant un bon état végétatif.

Face à cette situation, l’espoir des producteurs interviewés était orienté vers les structures de recherche et les services techniques d’appui-conseil qui ont ainsi réagi favorablement à cet appel. En effet, une équipe pluridisciplinaire de chercheurs et de techniciens du Centre National de Spécialisation en Fruits et Légumes (CNS-FL) basé à l’INERA Farako-Bâ dans les Hauts-Bassins, a été dépêchée sur le terrain pour le constat et des investigations sur ce nuisible du bananier.
Sur la base des symptômes observés aux champs et des tests au laboratoire, l’équipe a abouti à la conclusion que : « les dégâts observés dans les bananeraies visitées à Banakélédaga sont dus d’une part à la maladie de Moko causée par Raltonia solanacearum et d’autre part par la fusariose due à Fasarium oxyporium. Par ailleurs, d’autres champignons pathogènes ont été détectés dont Fusarium monoliforme, Myrothecium roridum, Colletotrichum spp et Mycosphaerella fijiensis. En outre, le BSV (Banana Streak virus) qui est une maladie virale a été détecté dans tous les champs prospectés.
Cependant d’autres bioagresseurs peuvent contribuer à la dissémination de ces agents pathogènes. En effet, à partir des échantillons de sol et de racines, six (06) genres principaux de nématodes connus parasites majeurs du bananier ont été détectés. Il s’agit de Helicotylenchus multicinctus, Meloidogyne spp., Radopholus similis, Pratylenchus sp., Scutellonema sp. et Rotylenchulus reniformis. L’étude entomologique n’a pas révélé de manière significative l’implication directe des insectes dans la manifestation des symptômes observés sur le bananier. Cependant, ils peuvent constituer les principaux vecteurs des bactéries, virus et champignons. Par conséquent, des études complémentaires devraient être conduites pour comprendre les interactions entre les principaux bioagresseurs.
A cours et moyen termes, il faudra mettre en place une stratégie de lutte intégrée, efficace et durable, en collaboration avec les acteurs de la filière banane et le Ministère en charge de l’Agriculture afin de réduire l’impact des bioagresseurs sur la productivité du bananier au Burkina Faso ».

Pour plus d’informations sur l’approche méthodologique développée et les résultats obtenus par l’équipe du CNS-FL, cliquer sur le lien ci-dessous.
https://drrea-o.blogspot.com/2020/02/diagnostic-sur-le-fletrissement-des.html?fbclid=IwAR2wrpoWU2eNtUMxMVLL2XYVLormV8Q-50WcIZiIR4nE_rD334Y1TSQs0kw

A la lumière des résultats très encourageantes, il convient (i) de poursuivre les investigations sur les causes de l’apparition de ces nuisibles du bananier dans la zone, (ii) d’accélérer le processus en vue de proposer aux producteurs les bonnes pratiques de prévention et des techniques et méthodes appropriées de traitement.
Des modules de formation devront être développés et dispensés aux producteurs en vue de recycler ou de renforcer leurs connaissances sur la culture et l’entretien de la bananeraie.
Pour finir, les producteurs sont invités à faire une surveillance de proximité de leur exploitation et à signaler tout changement inattendu de l’évolution des plantes, aux agents des services en charge de l’agriculture, et ceux des services en charge de la recherche agricole.

Nos remerciements vont à l’endroit de l’équipe de la RTB pour ce reportage qui a permis aux producteurs de partager leurs préoccupations, et à l’équipe du CNS-FL à l’INERA Farako-Bâ qui a répondu à l’appel des producteurs.

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